Skip to content

Aldous Huxley et le « Meilleur des Mondes »

février 2, 2011

Cet article a pour but  d’apporter une petite précision  assez personnelle à la compréhension de l’ouvrage.

La première fois que j’ai lu le « Meilleur des Mondes » j’avais 19 ans et contrairement à beaucoup de mes camarades qui se targuaient d’avoir un esprit critique aiguisé et disaient que le monde décrit à travers ce livre était une horreur, je me trouvais séduite par son contenu. Je savais que mes camarades répétaient hypocritement la leçon apprise car il est de bon ton de dire que le « Meilleur des Mondes » est une chose horrible. Le Roman « 1984 », dont la lecture précédait celle du Meilleur des Mondes dépeignait une situation mondiale tout à fait abominable qui pouvait édulcorer ma vision du Meilleur des Mondes. L’hypocrisie, quant à considérer le Meilleur des Mondes comme une chose abjecte alors qu’il s’agit d’un monde parfaitement stable et organisé où la guerre et la souffrance sont abolis et le confort matériel règne en maître absolu, consiste dans la critique d’un certain bonheur alors que la plupart des gens sont à la recherche de cette condition. Je ne serais pas critique quant à l’amélioration de notre situation matérielle que l’on pourrait considérer comme une condition nécessaire mais insuffisante et là est la clé critique du Meilleur des Monde qui se réduit à la seule amélioration matérielle de la condition humaine au détriment de quelque chose de particulier. Il m’aura fallu une seconde lecture 18 ans plus tard pour le comprendre.

Il me faudrait préciser une chose intéressante. À l’époque où j’ai lu ce livre, je sortais d’une condition matérielle difficile où j’avais vécu sans logement avec mes parents entre camping et hébergement dans une famille « très spéciale » et que j’avais saisi l’importance d’une bonne assise matérielle. Mon camarade critique bénéficiait des conditions d’une vie bourgeoise plus insouciante que la mienne. Dans ma situation, j’étais plus avide d’un certain confort. Je pense toujours que l’absence des signaux que sont la faim, la soif, le froid et autres préoccupations de survie favorise hautement le développement intellectuel et artistique. Je suppose encore aujourd’hui qu’une bonne assise matérielle constitue la condition nécessaire bien qu’insuffisante à l’épanouissement. C’est de cela que je veux parler aujourd’hui.

Je ne m’étendrai pas sur la question eugéniste telle qu’elle est traitée dans cette oeuvre et qui pourra faire l’objet d’un prochain article. Mon pseudo ne donne en réalité aucun indice sur ce que je considère à ce propos. J’avais par le passé trouvé la construction assez admirable dans sa forme dans la mesure où celle-ci permettait à l’humanité toute entière d’accéder à un certain bonheur. La frustration sexuelle elle-même, dernier obstacle et cause de troubles psychologiques ou facteur de désordres sociaux, disparaissait. Même si l’application de ce système semble utopique elle peut trouver ses adeptes chez ceux qui recherchent une certaine perfection dans le domaine matériel. La vie aujourd’hui, la recherche du confort, l’avidité pour l’argent, le désir effréné d’une sexualité plus libre qui peine a trouver des compromis dans notre société et avec notre mentalité, le refus de la souffrance,  la chirurgie esthétique, le culte du corps et de la beauté, montrent à quel point le Meilleur des Mondes remporterait tous les suffrages auprès de nos contemporains même si ceux-ci persistent à dire le contraire. Je n’émets pas d’avis négatifs en ce qui concerne ces points qui seront pour beaucoup matière à débat. Toujours est-il, qu’à la seconde lecture, je constate un manque. Un manque considérable qui est soulevé par Aldous Huxley. Surtout vers les pages 300. Il est bien évident que l’homme qu’est l’auteur ainsi que moi-même et bien d’autres encore, éprouveraient ce manque de façon violente ou de façon insidieuse et sourde.

Ce monde repose sur le mensonge qui est émit par un certain nombre de dogmes qui sont imprimés dans les cerveaux ( méthode hypnopédique ) mais dont les fondements restent à prouver. Ce monde est un socialisme totalitaire ou chaque aspect de la vie est contrôlé par l’Etat sans laisser aucune liberté à l’individu. L’individu est annihilé et se confond au groupe. Ce bonheur artificiel éloigne de tout questionnement, réprime toute curiosité et réflexion et réduit la personne à une forme de superficialité relationnelle et personnelle ou bien existentielle. Les relations humaines sont lisses cependant les échanges semblent avoir perdu beaucoup de leur intérêt. La réflexion n’étant nullement encouragée, l’esprit est perpétuellement orienté et les produits « culturels » comme les films ou les écrits semblent dénués de contenu, de profondeur et d’un quelconque intérêt là aussi. Cette échappatoire anti-souffrance que représente le soma me laisse dubitative car pour apprendre à apprivoiser la souffrance et se développer personnellement, il faut s’y confronter. L’on ne peut perpétuellement vouloir échapper à cette souffrance. Il se peut que ce monde produise des gens infiniment faibles, lâches et égoïstes car leur civisme, leur bonté ne sont que maintenus artificiellement depuis le haut de la pyramide. Dans « Ravage » de Barjavel, par exemple, ce verni de civilisation s’effondrait à la secousse de l’apocalypse. Vous me direz que cela est normal mais il révèle la nature humaine restée profondément grégaire. L’être humain n’est pas amélioré, seule sa condition est sauve. Le plus important est que ce monde élude, d’une façon très significative, l’existence du spirituel qui est l’un des fils conducteurs de l’existence de l’Homme. Il s’agit d’entrevoir un but, un objectif qui nous dépasse en tant qu’individu. Par delà l’existence matérielle. Il se peut qu’il se traduise dans l’espérance d’une vie après la mort ou de la présence d’un dieu mais il semble que l’on ne puisse ôter cela à l’être humain car cela lui est inhérent. C’est l’erreur fondamentale de ce monde. Je ne défends pas les systèmes qui confondent spirituel et politique et forment un autre et effroyable totalitarisme. Je dis seulement que la composante spirituelle ne peut en aucun cas, en aucune façon être négligée et que ce bonheur artificiel n’empêchera pas certains hommes d’être malheureux. La pensée finaliste qui envisage que l’humanité se dirige sur un fil selon une fin, selon un objectif, est évoquée. La poésie, l’expression des sentiments forts, la pensée, la curiosité, l’intellect et le partage, l’échange d’idées sont cloîtrés, étouffés d’une façon intolérable. Si le corps trouve à se satisfaire l’esprit n’y trouve pas son compte et si je me convainc que beaucoup de gens vivant actuellement s’y plairaient tout à fait, d’autres ressentiraient une frustration d’ordre spirituelle ou intellectuelle ravageuse sauf d’être les administrateurs puissants et initiés de ce monde comme l’est Mustapha Ménier. Je pense être de ceux-là, je dois dire que je me connais mieux.

Je rêve à l’amélioration de la condition humaine, amélioration matérielle certes mais aussi à son élévation. Son élévation et son épanouissement ne me semble pas compatibles avec cet artificiel maintien social. D’un autre coté, et c’est bien le malheur de l’humanité, la nature humaine, plutôt mauvaise que bonne, teintée d’avidité ou de servitude extrême, d’un manque de discernement et d’une aptitude à croire ce qu’on lui dit ou plutôt d’une inaptitude à prendre du recul, à réfléchir et décider librement, ne permet pas l’établissement d’un ordre social où l’homme demeure libre. L’étau finit toujours par se resserrer et la rigidité d’une organisation sociale est inversement proportionnelle au degré d’élévation du groupe d’hommes concernés. Je veux dire par là que l’homme parfaitement libre et civilisé dans sa nature pourrait constituer l’élément d’une société harmonieuse et libre qui n’impose pas la rigidité totalitaire d’un monde tel que le Meilleur des Mondes ou l’horreur totalitaire d’un régime de type « 1984 ». À l’heure actuelle, nous pouvons comprendre que certains dictateurs en place sont sans doute nécessaires compte-tenu du groupe d’hommes qui constituent leur société. Sachez néanmoins que les groupes d’hommes se différencient. C’est à la nature de l’homme de changer.

Mon plus grand cauchemar est l’affaissement du genre humain vers une régression intellectuelle et physique d’où il s’en suivrait inévitablement une régression d’ordre civilisationnel. Un retour au néolithique est encore probable. Je m’expliquerai dans un autre article.

Contrairement à ce que la plupart des gens croient, rien n’est acquis, pas même notre patrimoine scientifique et technologique ni même notre patrimoine génétique. L’évolution n’a pas de sens strict et le progrès ( scientifique, social, humain, politique ) ne suit pas une ligne constante et montante. La linéarité du progrès n’est qu’un fantasme.

Ce qui est clair pour moi, comme le souligne Aldous Huxley, c’est que l’humanité a certainement besoin d’un but transcendant et je suppose que cela passe par son développement, son amélioration et que cela amène à penser que le savoir, la connaissance, la culture sont au coeur de cette élévation. Il faut cultiver l’esprit pour s’élever.

L’Eugéniste.

Publicités
No comments yet

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :